Je viens de faire une folie. Une belle folie. Enfin, je crois. Ma dernière course de l’année (Demi-marathon des Microbrasseries à Bromont, le 8 novembre prochain) ne sera pas de 21 km, comme je l’avais prévu il y a de cela une longue éternité. J’en courrai 9 de plus, pour la forme et pour le fun. Par défi, aussi.

C’est fou à quel point tout peut être relatif dans la vie. Avant mon marathon de septembre dernier, je prévoyais courir 30 km à la fin août, lors du Défi des Collines, comme test ultime. Mais j’ai vite abandonné l’idée. J’avais trop peur de ramollir la dureté de mon mental à quelques semaines de ma plus longue course à vie. C’est que je m’étais planté lors de mes deux précédents demis.

À la fin mai, à Saint-Paul-d’Abbotsford (Demi-marathon des Vignobles), sur un parcours plat, j’étais parti (un peu) trop vite alors qu’il faisait (beaucoup) trop chaud. Résultat: un coup de chaleur vers le 12e kilomètre. Il m’en restait 9 à parcourir pour finir. C’est long longtemps, 9 kilomètres, quand on a de la difficulté à tenir debout. Pas le choix de marcher pour ne pas crasher. Cours (un peu), marche (beaucoup). Cours (un peu), marche (beaucoup). Et avec des crampes aux mollets comme cerise sur le sundae, comme si ce n’était pas assez. Mon pire temps à vie. L’orgueil en a pris pour son rhume. Et la confiance l’a pris en grippe.

Puis, au Demi-marathon de Sherbrooke, à la fin juin, tout allait bien. Rythme un peu plus lent que le mois d’avant, par mesure préventive. Ça allait bien. Trop bien. Vers le 17e kilomètre, dans le parc Jacques-Cartier, juste avant d’amorcer l’ultime tour du lac des Nations… crampes aux mollets! Oh yeah! Cours (beaucoup), marche (un peu), étire (beaucoup). Résultat: trois bonnes minutes de plus au temps que j’aurais pu faire, et pas beaucoup de fun. Mais au moins pas de blessure comme l’an dernier. J’avais couru les quatre derniers kilomètres d’un demi (encore à Saint-Paul-d’Abbotsford, décidément!) avec des blocs de béton à la place des mollets, sans jamais m’arrêter pour m’étirer. Tsé, quand tu as l’impression de courir comme Forrest Gump avant qu’il ne perde ses étriers… J’aurais dû, ben dû, donc dû marcher. Courir sans flancher m’avait fait du bien à l’orgueil, c’est vrai. J’avais réussi un pas pire chrono. Mais ça m’avait aussi, et surtout, causé une blessure à « la laine ». Pendant des semaines et des semaines, j’ai dû m’abstenir de courir. J’ai ensuite marché puis couru en alternance, à tourner en rond dans le rond-point pas loin de la maison, à rêver du jour où je pourrais recommencer à courir sans souffrir. Bref, après une blessure du genre, on devient moins con. On apprend à respecter davantage ses limites. Et à se foutre un peu plus du chrono.

Tout ça pour dire que, pas plus tard qu’à la fin juin, j’avais ENCORE fini un demi (mon sixième depuis 2009) avec des crampes aux mollets. Et j’avais deux fois la distance à courir trois mois plus tard. Confiant? Zéro pis une barre. Je n’avais jamais réussi un demi sans crampes. Jamais comme dans never ever. Alors de là à courir 30 km à la fin août, juste pour tester mon entraînement, on repassera. S’il avait fallu que les crampes reviennent me faire une jambette… Aussi bien ne pas courir le risque.

La semaine suivant mon marathon (sans aucune crampe, précisons-le!), je me demandais bien pourquoi je m’étais inscrit à un demi-marathon six semaines plus tard. Je venais de pousser la machine à sa limite, avec l’impression que ça me prendrait des mois avant de pouvoir mettre un pied devant l’autre pendant plus de 15 km sans perdre le sourire à cause d’une douleur par ci ou par là. La tête voulait prendre part au demi de Bromont, mais les jambes n’en avaient pas trop envie.

Les semaines ont passé. La douleur a quelque peu diminué. Les jambes étaient de plus en plus partantes pour Bromont, mais la tête, de moins en moins.

J’ignore pourquoi exactement, mais ma motivation à participer à une course sur route de 21 km n’y était pas. Ça se résumait à trois lettres: bof!

Peut-être parce que je me suis mis à courir en forêt et à tripper comme un enfant. Peut-être parce que j’avais parcouru le double de la distance il n’y a pas si longtemps et que j’étais persuadé de ne pas pouvoir ressentir le même sentiment d’invincibilité en franchissant le fil d’arrivée. Peut-être parce que je n’avais pas le goût de me mettre de la pression et de vouloir faire un pas pire temps coûte que coûte.

Peut-être toutes ces réponses, en fait.

Puis j’ai vu par hasard que Pat Godin, un ultramarathonien que j’admire et qui m’inspire, sera sur la ligne de départ du 30 km à Bromont. Tiens, tiens… Ce serait peut-être l’occasion de lui jaser ça un brin. Et 30 km, en voilà un beau défi! C’était une distance qui me donnait la chienne pas plus tard qu’il y a deux mois, mais maintenant, 30 km, y’a rien là! Ah pis tant pis, je change ma distance! Ce serait dommage de ne pas profiter une dernière fois de mon entraînement estival!

Mais au diable le rythme au kilomètre.

Au diable l’objectif de temps.

Au diable le programme d’entraînement.

Pour la première fois depuis mon premier demi il y a six ans, je prendrai part à une course simplement pour le plaisir de courir.

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