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Récit

Xocomil 90K: savoir s’arrêter… avant de se le faire imposer!

Après plus de 12 heures à gravir les trois plus imposants volcans du lac Atitlán, au Guatemala, j’ai décidé que j’en avais assez. J’allais abandonner à mi-chemin du tout premier Xocomil 90K.

Après environ 47 kilomètres et 4100 mètres de dénivelé positif. Après trois interminables montées abruptes, dont la première de… 2000 mètres de D+. Après avoir gravi et redescendu des pentes volcaniques parfois hyper poussiéreuses, souvent glissantes. Après m’être émerveillé en parcourant la jungle guatémaltèque. Oui, j’allais abandonner.

Étrangement, jamais je ne m’étais senti aussi bien après autant d’heures à courir. Physiquement, on s’entend.

Aucune douleur, à part quelques courbatures normales rendu là. Mes pieds, qui me font toujours souffrir habituellement, avaient miraculeusement décidé de coopérer. Pourtant, le parcours était tout désigné pour mettre les muscles à rude épreuve. Ou ça montait en fou pendant des heures (allô les mollets en feu), ou ça redescendait tout aussi longtemps (salut les quadriceps qui surchauffent).

Je n’avais aucune difficulté à digérer non plus (alléluia!). Et le rhume, qui me donnait l’impression d’avoir le cerveau dans les vapes encore quelques heures avant le départ, ne semblait pas me nuire.

J’avais aussi de plus en plus d’avance sur les temps de coupure aux différents points de contrôle. Une gestion de course exemplaire. L’expérience commence à rentrer, faut croire.

Bref, tout semblait en place pour que je réussisse cette course de 93,6 km et 7700 mètres de dénivelé positif à l’intérieur des 32 heures qui nous étaient allouées. Un défi extrêmement costaud, on s’entend. Mais j’en avais vu d’autres.

Les trois volcans gravis coup sur coup: Atitlán, Toliman et San Pedro.

Il y avait toutefois un problème. Un gros problème. Depuis la descente du troisième volcan, San Pedro, je n’avais plus de plaisir. Zéro. Nada. Niet. Alors pourquoi continuer?

S’écouter

J’utilise souvent les hashtags #dowhatyoulove et #lovewhatyoudo. Je répète à qui veut l’entendre qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie.

Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais?

Ça n’avait aucun sens de continuer.

Je ne voyais pas du tout comment j’allais pouvoir justifier ça aux enfants lors des prochaines conférences que je donnerai dans des écoles… « Là, voyez-vous, j’ai continué à courir pendant environ 16 heures même si je n’avais plus du tout de plaisir. » On repassera pour la crédibilité!

Terminer une course à tout prix, dans la douleur et sans aucun fun, je l’ai fait quelques fois. En particulier l’an dernier, parce que je voulais absolument obtenir mes points pour l’UTMB. C’est chose faite. Cette fois, mon seul objectif était d’avoir du plaisir.

Je sais ce que je vaux. Je sais qui je suis. Et je me respecte assez, maintenant, pour arrêter quand je n’ai plus aucun fun. Ce n’est pas comme si ma vie en dépendait.

Un balisage déficient

Plusieurs éléments ont contribué à cette décision. Le balisage du parcours en fait partie.

À plusieurs reprises, les rubans jaunes et noirs avaient été enlevés par des locaux, en dépit des efforts des organisateurs. Résultat: on a dû se mettre en gang pour retrouver le chemin à quelques reprises, à travers des plantations de café et des versants de volcans escarpés qui comprenaient une multitude de petits sentiers. En criant à flanc de volcan, on tentait de communiquer avec d’autres participants, devant nous, pour savoir s’ils apercevaient un ruban… Des coureurs, dont mon nouvel ami Daniel, du Mexique, se sont rallongés d’une bonne demi-heure en prenant la mauvaise trail.

Frustrant? Très! Surtout que la deuxième moitié du parcours allait se dérouler de nuit (donc sans aucune vue) et dans des sentiers encore moins fréquentés que ceux empruntés pendant la première moitié…

L’idée de passer une nuit blanche à chercher mon chemin au milieu de nulle part ne me plaisait pas du tout.

Abandonner signifiait qu’il me restait deux jours pour profiter pleinement du Guatemala avant mon retour à la maison. Alors que continuer hypothéquait le reste de mon voyage…

J’avais déjà passé deux magnifiques semaines au Guate. À fouler les volcans Fuego, Acatenango et Tajumulco. À visiter les environs du lac Atitlán et de Xela à la course pendant des heures et des heures.

Pouvoir conquérir les trois monstres volcaniques du lac Atitlán coup sur coup était la cerise sur le sundae. Le reste ne m’intéressait plus, malgré les lettres DNF (Did Not Finish) qui suivraient mon nom sur les résultats de cet ultra.

Muy fuerte? So what?

Quand j’ai annoncé ma décision, au ravito du 42e kilo, certains bénévoles et accompagnateurs comprenaient. D’autres, pas du tout. « Muy fuerte », qu’on me répétait. « Tu es très fort. » So what? Je n’ai plus rien à prouver à qui que ce soit désormais. Comme si abandonner représentait un échec… C’est plutôt une victoire sur l’orgueil. Sur ce que les autres pourraient penser.

J’ai quand même continué à courir jusqu’au village suivant, San Juan, où se trouvait la ligne d’arrivée, pour pouvoir récupérer mon drop bag et mes bagages.

J’ai retiré mon dossard avant d’arriver sur place pour éviter qu’on me confonde avec un coureur du 50K, soit le parcours que j’avais effectué en réalité.

J’étais à l’aise avec ma décision. Mais pas au point de me faire applaudir pour un abandon.

Une fin abrupte

Finalement, j’ai appris le lendemain que l’organisation a dû interrompre la course pendant la nuit, en raison du manque de balisage! La sécurité des coureurs était en jeu… Plusieurs étaient perdus, d’autres étaient déshydratés…

Sur 49 coureurs au départ, seuls 7 ont franchi le fil d’arrivée, incluant mes amis Jaki et Daniel (qui en parle comme étant sa pire expérience de course à vie). Tous les autres ont abandonné ou ont été forcés d’arrêter.

Aucun doute: ma décision aura été la bonne!

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