À l’approche d’une course importante, plusieurs s’entraînent pendant des mois en suivant à la lettre un plan précis, très demandant, parfois contraignant. « J’ai une sortie de tant de kilos à faire aujourd’hui. » « Je dois faire des intervalles X et Y. »

J’ai…

Je dois…

Cette recette convient à certains, et c’est bien tant mieux pour eux. Mais ce n’est pas mon cas.

Personnellement, j’ai l’impression d’avoir assez d’obligations dans la vie sans m’imposer en plus celle d’aller courir. Je préfère jouer dans le bois quand ça me tente, point. Et ma recette goûte le bonheur. Pis ça goûte bon, le bonheur.

Le plaisir, ingrédient numéro un

En ce moment, je fais pas mal n’importe quoi… et ça fonctionne.  À ma troisième année en trail, je semble enfin avoir trouvé MA recette gagnante. La recette qui me permet de répondre à tous mes objectifs:

  1. Toujours courir pour le plaisir avant un ultra;
  2. Courir l’ultra en question sans me blesser;
  3. Pouvoir recommencer à courir quelques jours plus tard.

Ça fait un peu plus d’une semaine que j’ai couru le 100K du Québec Méga Trail. Deux jours plus tard, j’enfourchais mon vélo de route pour me délier les jambes, puis j’allais courir quelques kilomètres en trail, sur un coup de tête, avec Gen et Alex (j’avoue, je suis légèrement influençable). Le lendemain matin, envoye avec Anne dans les sentiers de Bellevue. Même chose mercredi midi, en solo. Puis encore un mix improvisé jeudi soir, soit vélo de route avec Jess puis trail à Bellevue avec toute ma gang… Et ainsi de suite. Une semaine typique, finalement.

C’est reparti de plus belle, comme si de rien n’était. Aucun bobo, aucune courbature. Rien. Sweet nothing. Je touche du bois! Facile, je suis toujours rendu là!

J’ai déjà suivi un plan d’entraînement personnalisé. Et ça n’a pas fonctionné. Ça m’a donné d’excellentes bases, et je les ai encore en tête quand je cours. Mais ça ne cadrait pas assez avec ma notion de plaisir pour m’y sentir parfaitement à l’aise.

Ces dernières semaines, j’ai de nouveau songé à faire appel à un coach pour qu’il me monte un plan d’entraînement adapté à mon horaire et à mes objectifs. Mais juste le mot « entraînement » me fait peur. Parce que je n’ai jamais l’impression de « m’entraîner » quand je vais courir. J’y vais parce que ça me tente et que j’en ai besoin, point.

Personnellement, je n’ai plus besoin d’avoir une course au programme pour me motiver à courir. La course est rendue pour moi un mode de vie, une nécessité, une drogue légale. Si je m’inscris maintenant à des ultras, c’est simplement parce que ça me permet de courir de très longues distances en ayant des ravitos sur le parcours, et une navette pour me mener au départ s’il s’agit d’un tracé linéaire.

Avoir un coach me donnerait assurément une meilleure structure, c’est vrai. Mais investir plusieurs centaines de dollars par année pour, au final, courir un peu plus vite et grimper de quelques positions au classement d’un ultra? Ça m’en prendra plus pour me convaincre de changer ma recette du bonheur. Si j’étais un coureur élite, ok. Mais je n’ai ni les capacités physiques ni le temps requis pour m’entraîner assez afin d’aspirer un jour à monter sur un podium. Et c’est parfait comme ça!

Un minimum de structure

Bon. Je dis que je fais un peu n’importe quoi, mais je tente quand même d’avoir un minimum de structure dans mes sorties.

En gros, dans une semaine « normale », je fais une séance d’intervalles et j’essaie d’insérer au moins une longue sortie quelque part. Ce n’est pas évident avec ma garde partagée 5-2-2-5, mais j’y arrive. Suffit d’être imaginatif:

Lundi et mardi: j’ai toujours mes filles le soir, donc je cours le midi.

Mercredi et jeudi: je n’ai jamais mes filles le soir, donc possibilité de faire une longue le mercredi soir et les intervalles au club de trail le jeudi.

Vendredi, samedi et dimanche: la fin de semaine où je n’ai pas mes filles, je me donne à fond, plusieurs jours en ligne, au gré des occasions (je le répète, je suis influençable). Pendant l’autre fin de semaine, c’est surtout là que je me repose. J’en profite aussi pour courir quelques kilos mollo avec mes filles ou pour tenter de les rattraper en sprintant pendant qu’elles font du vélo.

Et côté progression, disons que je suis loin des théories disant qu’il faut augmenter son kilométrage d’au plus 10 pour cent par semaine ou qu’il faut grimper son volume pendant trois semaines avant de le diminuer la quatrième semaine afin de pouvoir continuer de progresser (ce qu’on nomme la surcompensation).

Mon volume, je le compte en heures et non en kilomètres, parce que je fais de la trail et non de la route. Et ce volume ressemble présentement à des pics sans aucune logique, si ce n’est que je tente de faire ma dernière longue sortie trois semaines avant un événement, puis je me calme les nerfs par la suite.

Cette année, j’ajoute à ça ce qui me fait tripper le plus en trail, c’est à dire du dénivelé. Beaucoup de dénivelé. J’approche des 60 000 mètres de D+ cette année et j’espère bien me rendre à 100 000 d’ici la fin décembre. Est-ce que ça m’aidera pour mon prochain ultra? Aucune idée! Encore une fois, je le fais parce que j’aime ça, point.

L’autre ingrédient de ma recette du bonheur, c’est celui qui consiste maintenant à m’écouter. Plus question de m’entêter à courir malgré une douleur. Je la traite sur-le-champ, quitte à prendre une pause pendant trois ou quatre jours s’il le faut.

J’ai été blessé assez souvent ces dernières années pour savoir que mieux vaut quatre jours de repos que quatre semaines sur le carreau. Ça s’appelle être raisonnable. C’est comme courir des ultras, dans le fond. Ça aussi, c’est raisonnable, non?

À chacun sa recette

Ma recette gagnante, je l’ai trouvée un peu comme le fait probablement Ricardo: en faisant plusieurs essais et beaucoup d’erreurs. J’adore son goût, mais elle ne conviendrait pas à tout le monde.

Je vous souhaite de trouver VOTRE recette gagnante. Vous avez besoin d’un coach pour progresser? Allez-y! Vous avez besoin de suivre un programme d’entraînement pour vous motiver? Faites-le!

Osez. Essayez. N’ayez pas peur de vous planter. Faites-vous confiance. Écoutez votre petite voix. Souriez et surtout, amusez-vous!

Parce que bouffer du gros bonheur à chaque sortie, ça goûte aussi bon pour le corps que pour la tête.