Qu’est-ce que ça prend pour finir un ultra? Pourquoi suis-je maintenant capable de courir pendant plus de 24 heures d’affilée, alors que je peinais à finir ne serait-ce qu’un demi-marathon il y a de cela trois ans à peine? Et surtout, ça vient d’où?

Chaque ultramarathonien pourrait répondre différemment à cette question. Ma réponse, celle qui vient facilement en tête, est relativement simple.

Pour augmenter la distance, il faut y aller graduellement.

Ne pas brûler les étapes.

Faire des essais.

Beaucoup d’erreurs.

Se planter. Se blesser.

Se relever.

Faire un pas ou deux en arrière. Quelques pas de côté.

Puis continuer. Repousser tranquillement ses limites. En gardant toujours son objectif en tête.

Courir souvent, mais pas tout le temps. Intelligemment. En ayant TOUJOURS du plaisir. Parce que la vie est trop courte pour passer des heures à courir seulement pour impressionner le troisième voisin d’à côté.

On doit aussi, pour ne pas dire surtout, s’entraîner le mental. Être conscient qu’il y aura assurément des creux pendant sa course. Que vous soyez un athlète de renom ou un coureur du dimanche, ça ira mal un moment donné. C’est à ce moment qu’il faut se concentrer sur ce qui va bien, en attendant de pouvoir remonter. Un ultra, c’est comme la vie finalement.

Voilà pour la réponse « facile ».

Ça vient d’où?

Mais pourquoi moi, le gars qui n’a jamais excellé dans les sports quand il était jeune, je suis maintenant capable de courir au-delà de 100 km d’une traite?

Pourquoi j’aime souffrir à ce point, et « volontairement » en plus? Qu’est-ce qui fait que je n’abandonne pas à la première embûche et que je poursuive malgré un front qui pisse le sang ou un doigt tout pété? Qu’est-ce qui fait que je veuille toujours augmenter la distance, année après année?

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Après avoir rapidement nettoyé ma plaie au ravito du 32e km lors du Fuego y Agua 100K, que j’ai terminé.

J’ai longuement eu le temps de réfléchir à cette question alors que je jouais dans le bois. Parce que courir longtemps, ça donne le temps de faire un peu d’introspection.

Je suis déterminé, ça oui. Discipliné. Ambitieux. Perfectionniste aussi.

Mais ça me vient d’où, ces traits de caractère?

Avec le recul, je me rends compte que les épreuves vécues dans ma jeunesse ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

J’ai été victime d’intimidation au secondaire. J’ai enduré, jour après jour, et ça a fini par se retourner contre mon intimidateur au bout d’interminables mois. Ou était-ce une année? C’est long, une éternité.

Puis j’ai eu de sévères problèmes de peau, au point où j’attirais les regards bien malgré moi. Pas l’idéal quand on travaille avec le public et qu’on tente de se forger une identité à la sortie de l’adolescence… J’aurais facilement pu lâcher ma job pour limiter les dégâts sur mon orgueil. Mais j’avais besoin d’argent pour m’acheter une auto à la fin de l’été…

Je n’ai pas abandonné.

J’ai persévéré coûte que coûte.

Parce que mon but était plus important que tout le reste.

Ça a beau faire plus de 20 ans, ces deux épreuves sont encore profondément ancrées en moi.

C’est grâce à elles si j’ai maintenant cette force de caractère.

C’est grâce à elles si je peux maintenant courir des ultras.

C’est grâce à elles si je suis fier d’être celui que je suis aujourd’hui.

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