J’ai pratiquement toujours été conservateur dans mes ultras. Je pars généralement mollo et j’ouvre la machine vers la fin, si ça va bien. Mais jamais au point de franchir le fil d’arrivée en ayant l’impression que j’ai VRAIMENT tout donné. Samedi dernier, lors du 50K de Bear Mountain, j’avais le goût de faire les choses différemment. Le goût d’y aller « all in » et d’avoir mal. Pour voir ce que je vaux vraiment. J’en ai eu pour mon argent.

6 h 59. Ligne de départ. Mes partenaires de trail de la première heure, Fanny et Dominic, se positionnent dans la deuxième vague. Normalement, j’aurais commencé la course avec eux. Mais pas aujourd’hui. Je vais rejoindre Luc et Anne dans la première vague. Ils visent 5 h 30. Moi aussi. All in!

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Quelques minutes avant le départ. Avec mes amis Dominic, Fanny, Luc et Anne.

Fait beau soleil. On annonce autour de 25 degrés et zéro pluie aujourd’hui. Fini mon karma de m…!

7 h. C’est parti! J’ouvre la machine dès le départ. Today, it’s René all the way!

C’est roulant. Je me laisse emporter par un petit groupe de coureurs rapides. Comme un vulgaire débutant, je suis le flot au lieu d’adopter mon propre rythme. Eh merde, c’est un ultra que je suis venu courir, pas un 5 km! Grosse erreur. Fatale. Je le saurai bien assez vite.

Ça m’a pris au moins 6 ou 7 kilomètres avant d’entrer dans ma bulle. À ce moment, il était trop tard. Mon estomac refusait déjà d’ingérer quoi que ce soit, à part de l’eau. Même les électrolytes liquides concentrés, que j’avais apportés, ne passaient pas. Et ceux servis aux ravitos étaient beaucoup trop sucrés. Eurk!

À basse vitesse, je n’ai aucun problème à manger en course. Mais quand je vais trop vite, impossible d’alimenter le réservoir. J’avais eu ce problème l’an dernier. Mon seul DNF à vie. J’avais visiblement oublié cet épisode.

J’avais aussi oublié à quel point le parcours de Bear Mountain est technique. Je l’avais couru l’an dernier, et c’est le déluge qui avait volé la vedette. Cette fois, on aurait dit que les organisateurs avaient ajouté un deuxième voyage de roches dans les trails…

J’avais également oublié que 50K, même avec « seulement » 1600 mètres de dénivelé positif, ça reste un ultra. Un ultra court, mais un ultra quand même.

J’avais visiblement pris cette course beaucoup trop à la légère… Une fun run en préparation à mon 100K du Québec Méga Trail, que je me disais. Eh boy…

Back from the dead again

Le reste de la course a été un difficile combat contre mon corps. C’est bien beau courir sur les réserves, mais un moment donné, il faut remettre du « gaz dans la tank » si on veut pouvoir courir pendant des heures.

J’ai donc fait des tests. Je me suis forcé à manger une petite bouchée de gel, puis un bout de banane. J’ai bu une gorgée de Coke pour faire réagir mon estomac. Plus ça allait, plus mon énergie désertait mes jambes pour se concentrer vers ma digestion. Ouf… Pas le choix de marcher des bouts. La journée allait être looooooongue!

J’ai enfin vomi. Puis je suis reparti en fou. L’énergie était revenue (voir ici un extrait vidéo des organisateurs de la course, où on me voit courir dans un rare moment de pseudo bonheur). Mais pas pour longtemps!

Quatre ou cinq kilomètres de simili-plaisir à courir, puis bang, même refrain. Difficulté à digérer. Je ralentis. Je vomis. Chaque fois, les mêmes coureurs me dépassent en me demandant si ça va. Je réponds oui en vomissant ma vie. Puis je les dépasse à nouveau quelques minutes plus tard. Salut!

Rendu au 39e km, un mur de roches à escalader. Ça faisait déjà un bon bout que je sentais d’inquiétants spasmes dans mes mollets… Puis bang! Le mollet droit crampe solide. Pas le choix de l’étirer pendant quelques secondes pour réussir à déplier mon pied. Je repars. Lève le pied gauche pour éviter une roche. Une autre crampe, dans le mollet gauche cette fois. Puis, plus tard, une autre roche à éviter, donc une crampe dans les ischios. Puis l’aine… Puis…

Les crampes se sont promenées comme ça pendant cinq gros kilomètres. Était-ce à cause de la déshydratation? Ou parce que mon entraînement déstructuré des derniers mois ne m’avait pas préparé à courir aussi longtemps à cette vitesse?

J’ai ensuite vomi à nouveau. Puis je suis reparti comme une balle. J’ai dépassé plein de coureurs pour sprinter jusqu’au fil d’arrivée. L’un d’eux m’a même lancé: « Back from the dead again! » « I don’t know how, but yes! » que je lui ai répondu, aussi surpris que lui.

Au final, j’ai terminé la course en 5 h 46. J’ai amélioré mon temps de l’an dernier d’environ 14 minutes. J’ai aussi grandement amélioré mon classement global. (Pour avoir une idée du parcours, voir la vidéo Relive de ma course ici.)

Mais au-delà des statistiques, il y a plus important: j’ai beaucoup appris, encore une fois.

J’ai puisé au plus profond de mes ressources, tant physiques que mentales. J’ai vraiment tout donné. Et j’en suis extrêmement fier.

Du plaisir?

Si j’ai pensé à abandonner? Bien sûr que si! Parce que je n’ai presque pas eu de plaisir à courir, ce qui ne me ressemble pas.

Pourquoi j’ai continué? Surtout parce que je savais qu’une personne chère à mes yeux suivait ma course à distance et qu’elle m’encourageait à sa façon.

D’avoir ça en tête m’a donné la force de surpasser toutes ces embûches.

La force d’aller jusqu’au bout.

La force de faire de mon mieux.

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