Shit happens, comme on dit en bon français. Ça arrive, et bien souvent quand on s’y attend le moins. Mais en trail comme dans la vie, il n’arrive jamais pour rien. JAMAIS. Et chaque fois, il faut en tirer les leçons qui s’imposent.

Mercredi dernier. Arrêt à Bromont. Les sentiers semblaient assez fondus pour que je m’y aventure, question de retrouver le feeling de la trail avant le 50K de Bear Mountain, le 5 mai prochain.

Il pleut des cordes. Fait environ 7 degrés. Quand même assez chaud pour être en shorts. Mais avec la pluie, mieux vaut laisser mon cell dans l’auto. Je n’irai pas loin de toute façon.

Je pars de la station de ski, prends la C1, puis monte dans la Divine. Ça va bien. Il y a un peu de neige vers le sommet, finalement, mais pas trop de bouette dans le reste des trails.

Au bout de 45 minutes de fun au pas de course, j’enjambe un fossé encore glacé avant de mettre les pieds dans une rue. Et je sens soudainement le sol qui s’enfonce. Oh shit… Je n’ai qu’une fraction de seconde pour réagir. Je mets les mains par terre pour amortir la chute. Et roule sur moi-même dans la garnotte, sur mon côté droit.

Je me relève. Regarde mon manteau à la hauteur de mon bras droit pour évaluer les dégâts. Il n’est pas déchiré. Fiou! Plus de peur que de mal finalement! Et c’est là que j’aperçois quelque chose de bizarre dans mon angle mort, au bout de mon bras gauche…

Il y a une main. La mienne. Cinq doigts. Les miens aussi, visiblement. Mais celui du milieu est vraiment bizarre. Il est croche. Vraiment croche. Un beau doigt de sorcière, incapable de pointer le droit chemin. What the fuck!!!

(PRÉCISION ICI: DES PHOTOS NON CENSURÉES DU DOIGT EN QUESTION FIGURENT TOUT AU BAS DU TEXTE…)

Je n’ai pourtant aucune douleur.

Je repense soudainement à Kilian Jornet, qui s’était lui-même remboîté l’épaule après 20 km de la Hardrock, l’an dernier. Il avait ensuite couru 140 km avec un bras en écharpe. Et il avait gagné cette course mythique.

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Kilian Jornet, avec une épaule disloquée, pendant la Hardrock 2017.

Si Kilian l’a fait avec une épaule, je peux bien le faire avec un vulgaire doigt, non?

Sans réfléchir davantage, je tire sur mon majeur. Très fort. Sans résultat. Prise deux. Je ressaie. Tire encore aussi fort. Sans résultat. Bon…

C’est là que j’ai commencé à me sentir ramollir. Parce que je dois préciser ici que je suis normalement du genre mauviette. Du genre qui tombe facilement dans les pommes.

Après quelques minutes accroupi au milieu de la rue, sans personne autour, j’ai commencé à avoir froid. Sous la pluie diluvienne. Avec mon imper pseudo imperméable. Mes shorts. Pas de cellulaire. Et pas de couverture de survie non plus. Bravo champion!

Faudrait que je m’active avant de tomber en hypothermie… Je me relève. Et me remets en petite boule aussitôt, pour éviter de perdre connaissance au beau milieu de la rue. Deux minutes plus tard, je tente à nouveau le coup. Ça va mieux. Mon cerveau commence à assimiler que ce doigt tout pété est bien le mien.

Je descends la rue en me demandant ce que je devrais faire. Cogner à la porte d’une maison pour quêter un lift jusqu’à mon auto? Mmmm… Je préfère généralement me débrouiller seul.

Tiens, voici la trail qui mène justement à mon point de départ… Que faire? Ah pis tant pis!

J’ai donc couru 3 km avec un doigt pété jusqu’à mon auto. En me disant que ça aurait pu être bien pire.

Parce que j’aurais pu me casser une jambe à dix kilomètres de toute civilisation. Là, c’était juste un doigt (une luxation finalement), et j’étais encore en mesure de me déplacer sans problème.

La prochaine fois, j’aurai mon cell et ma couverture de survie avec moi. Même si je ne vais pas si loin. Parce qu’on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Et qu’il n’arrive jamais rien pour rien.

(CŒURS SENSIBLES, C’EST ICI QUE VOUS ARRÊTEZ. POUR LES AUTRES, LES PHOTOS S’EN VIENNENT!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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