« Wow, bravo pour ton exploit! » Depuis un mois, j’ai souvent entendu ce message de félicitations pour mon 100K. Chaque fois, les oreilles me frisent. C’est plus fort que moi.

Le wow, je le prends. Le bravo aussi. C’est le mot « exploit » qui me bogue. Car à mes yeux, c’est loin d’en être un.

Oui, j’ai couru 100 kilomètres en trail. Ou plutôt 102, avant que mes filles me reprennent. Pour bien du monde, ça peut paraître exceptionnel. C’est déjà long en auto, je vous l’accorde. Pourtant, dans mon esprit, ce n’est pas un « exploit ». Tout dépend d’où l’on part et à qui l’on se compare.

J’avais couru 80 kilomètres l’an dernier. Je l’avais fini de peine et de misère, c’est vrai. Mais 100, c’est juste 25 pour cent de plus que ce que j’avais déjà réalisé. En étant beaucoup mieux préparé tant physiquement que mentalement cette année, j’ai relevé mon défi haut la main. Oui, j’avais dessiné mon trajet seul. Oui, j’avais imaginé mes ravitos. Mais je n’aurais jamais pu y arriver si je n’avais pas été si bien entouré.

Était-ce un défi « exceptionnel », dans le sens d’exception, qu’on voit peu souvent? Ok, si vous voulez. Parce que les ultramarathoniens ne se comptent pas par dizaines de milliers au Québec. Mais était-ce un « exploit »? Non. Au même titre que je ne suis pas courageux quand je cours dehors malgré la météo merdique.

Je n’ai pas monté l’Everest à reculons. Je n’ai pas parcouru l’Appalachian Trail au grand complet en marchant sur les mains. Je n’ai établi aucun record. J’ai juste fait une très longue run en gérant bien mon niveau d’énergie et les obstacles qui se sont dressés sur mon parcours.

L’exploit, le vrai

Pour moi, un exploit, un vrai, c’est quelqu’un de sédentaire, qui décide un jour de se lever de son divan et qui sort « courir ». D’abord en ayant peur du regard des voisins. Puis en s’assumant de plus en plus.

Quelqu’un qui parcourt d’abord un kilomètre en alternance marche/course. Puis deux. Puis trois. Toujours avec son étiquette d’imposteur aux trousses. Et qui, un jour, s’inscrit à une course de 5 km. Et fait éventuellement un 10. Ou pas. Mais qui continue de prendre goût à bouger.

Du divan à un 5 ou à un 10 km, peu importe la vitesse, ça, c’est vraiment un exploit à mes yeux. C’est nettement plus digne de mention que mon 100K. Mais ça fait rarement la manchette. On n’en parle pas souvent dans le journal. Pourtant, il s’agit d’une amélioration de 500, voire 1000 pour cent.

De zéro à quelque chose de grandiose pour toutes ces personnes qui osent. Il est là, l’exploit.

N’oubliez jamais, jamais, d’où vous partez. Prenez le temps de vous retourner. Regardez tout le chemin parcouru, au sens propre comme au figuré. Et soyez fiers de vous.