« N’abandonne jamais! » Je m’étais répété cela des dizaines de fois avant de terminer de peine et de misère mon 80K d’Harricana, l’an dernier. Ce matin, cette belle phrase m’est passée par la tête, mais je l’ai finalement remplacée par: « Pas de fun? J’abandonne! » Mon premier DNF (Did not finish) à vie, c’était aujourd’hui.

Parc de la Gatineau. Course MEC. Seulement 25$ pour un 50K. Parfaite longue run en préparation pour mon 80K de la Chute du Diable.

J’ai décidé de participer à ce 50K à la toute dernière minute. Pas vraiment eu le temps de faire une recharge appropriée en glucides (le fameux carb load). Au menu: une boucle d’environ 30 km, suivie d’une boucle de 20.

Les sentiers sont très larges, pas techniques du tout. Presque des pistes cyclables en gravier, dans le fond. Pas le genre de sentiers que j’affectionne particulièrement, mais bon, faut faire avec. C’est roulant au max. Je m’élance un peu trop vite, parce que, contrairement à d’habitude, je n’ai aucun ami à proximité pour m’inciter à ralentir. Je m’étais pourtant dit que ce serait juste une très longue sortie mollo, mais comme c’est une course et qu’il y a beaucoup d’autres participants, c’est difficile de ne pas me donner à fond…

Je flirte avec les 5:00 par km pendant un bout, en me disant que je ne pourrai jamais maintenir ça sur 50 kilos… Mais bon, les jambes vont bien, la tête aussi, fait beau, pas trop chaud, alors go! (Cliquez ici pour voir cette sortie sur mon compte Strava.)

C’est après 13 ou 14 km que les problèmes ont commencé. Je n’avais encore rien avalé, à part un peu d’eau et des électrolytes liquides. Je n’avais toujours pas faim, mais je me disais qu’il serait plus que temps de manger quelque chose… Sauf que l’estomac a dit non merci. Un seul jujube et bang, allô les maux de ventre! Jamais je n’avais eu ça depuis Harricana, il y a près d’un an… Très mauvais souvenir.

Pourquoi ces maux de ventre? Deux hypothèses. Le gruau avec graines de chia et de lin que j’ai ingurgité seulement 1 h 30 avant le départ, alors que je mange toujours du pain d’habitude. Ou mon rythme trop rapide pour un ultra, qui a empêché mon estomac de jouer sa job d’estomac. Ou peut-être un mélange des deux.

Dans les ultras, il y a toujours des moments où ça va moins bien. Il faut simplement trouver le moyen de passer par-dessus. C’est ce que je me suis dit pendant 10 km. Mais ça allait de moins en moins bien… Courir 50 km sans rien manger? Le réservoir était à sec depuis longtemps et les réserves commençaient elles aussi à manquer. Dès que le sentier montait légèrement, je devais lever le pied. Même si les jambes étaient encore très bonnes, le corps ne suivait plus.

Ça devait pourtant simplement être une longue run. Mais je n’avais plus aucun fun. À quoi bon continuer à m’infliger ça, alors? Je cours pour le plaisir. Je ne gagne pas ma vie avec ça!

J’ai donc envoyé promener mon orgueil, qui a quand même insisté longtemps avant de foutre le camp. Et j’ai abandonné après la première boucle de 30K, avec la certitude d’avoir fait le bon choix.

Quelques heures plus tard, cette certitude est toujours là. Et j’ai juste envie de retourner courir… pour le plaisir!