Deux coureurs mangent une bouchée au ravito de l’Anse-à-Beaufils, à l’intérieur de la Vieille Usine. Une dizaine de personnes les entourent. Prennent des nouvelles. Les encouragent. On croirait que des spots les éclairent tellement ils sont le centre d’attention.

Les deux athlètes finissent par se lever. Et se font applaudir en fou. Après environ 75 kilomètres et une bonne douzaine d’heures de course à pied dans le corps, ils reprennent tranquillement la direction du sentier, la bouche encore pleine, un bâton de marche dans chaque main. Leur objectif: braver la pluie et réussir à franchir trois fois le parcours du Gaspesia 53 pour un total de 160 km. Le mythique « 100 miles ».

Je ne le sais pas encore à ce moment, mais les deux coureurs finiront par abandonner. Qu’importe. Ce que je sais, c’est que je voudrais être à leur place. Prendre part à la plus longue des distances, au même titre que je rêvais au marathon quand je faisais des demi-marathons. Me mettre au défi. Pour vrai. Physiquement, mais aussi mentalement.

Ce n’est pas de l’orgueil. C’est vouloir repousser mes limites. Voir ce que je suis vraiment capable d’accomplir. Voir ce que j’ai dans le ventre.

Ma mère ne sera pas heureuse d’apprendre ça. J’ai beau avoir une course de 80 km qui m’attend au début septembre, ça ne me stimule pas assez. J’ai besoin d’un plus gros défi… d’ici la fin de l’année. Voilà. C’est dit.

Du souffrant demi aux ultras dans le bonheur

Plusieurs me trouvent déjà crinqué de courir pendant 10 ou 12 heures dans le bois, à travers les roches et les racines. Je trouvais ça tout aussi fou, voire inconcevable, il y a seulement deux ans, alors que j’étais incapable de terminer ne serait-ce qu’un demi-marathon sans souffrir de crampes aux mollets. J’ai l’impression que ça fait une éternité.

Depuis ce temps, j’ai survécu à mon premier marathon et j’ai commencé à courir en trail. Je suis ensuite devenu membre du Club de trail Le Coureur de Sherbrooke (où j’ai rencontré les meilleurs amis du monde) et j’ai enfilé deux ultras l’an dernier (le 44K de l’UTMA en juin et le 80K d’Harricana en septembre).

Disons que ces deux premières expériences m’ont beaucoup appris sur ce que je dois faire, mais surtout sur ce que je ne dois PAS faire pour avoir du plaisir à courir des longues distances en trail…

Cette année, j’ai déjà deux ultras derrière la cravate (le 50K de Bear Mountain et le 53K du Gaspesia 100). En cinq semaines seulement. Ces deux courses se sont tellement bien déroulées que mon 80K de la Chute du Diable, au début septembre, ne me fait plus peur du tout. Je n’ai plus aucun doute sur mes capacités. Plus aucune appréhension à l’idée de prendre la ligne de départ. Zéro stress.

Il est là, le problème. Je prends maintenant le départ d’un ultra comme s’il s’agissait d’une très longue run en trail. J’ai besoin d’un challenge. Un vrai.

J’avoue que je pourrais tenter de me défoncer pour mieux me positionner dans le classement, mais j’opte plutôt pour la prudence depuis le début de la saison. À trop pousser, je pourrais sérieusement me blesser, que je me dis. Pas question! Je veux pouvoir jouer dans le bois quand ça me tente, pendant tout l’été. Et tout l’automne. Et tout l’hiver prochain aussi.

Mon défi, c’est maintenant… d’en trouver un. Un défi qui comblera enfin mon désir de dépassement… pour cette année. Je courrai la Chute du Diable comme prévu avec mes amis, ça c’est sûr. Mais j’aurai besoin d’une autre course plus longue, quelque part à l’automne. Des idées? J’écoute!

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