Parfois, tu sais très bien que tu ne devrais pas. Mais tu continues pareil. En te foutant de la petite voix qui te répète : « Mon gars, tu vas aggraver ton cas si tu n’arrêtes pas. » C’est ce que j’ai fait pendant une dizaine de jours. Malgré l’intérieur de mon tibia gauche qui me rappelait trop bien une vieille blessure récurrente, j’ai dit fuck la petite voix. La tête dans le sable, tu l’entends moins bien, la petite voix.

C’est finalement une autre voix, celle de ma physio, que j’ai écoutée. À regret, mais sans la remettre en question. Elle tenait exactement le même discours. Un mot. Celui que je ne voulais pas entendre : périostite. Encore. Mais il y avait d’autres mots. Comme : risque de fracture de stress si tu ne permets pas à ton corps de récupérer. Et aussi : repos complet jusqu’à ton 80 km en trail à Harricana, dans moins de deux semaines.

Bon, ok, le message ne peut pas être plus clair. Donc, depuis mardi soir, je suis un coureur qui ne peut plus courir. Alors que ma plus grosse course à vie est le 10 septembre… Comme timing, j’ai déjà vu mieux.

Physiquement, je n’ai plus vraiment de gain à faire de toute façon. J’en serais rendu à réduire mon kilométrage, ce qui n’est jamais facile. Mais mentalement, c’est rough.

Je sais que je suis prêt. J’ai déjà plus de 2000 km dans les mollets depuis le début de l’année. Des semaines de 80 km, en majorité dans des trails hyper techniques, depuis le début de l’été. Du dénivelé à ne plus savoir quoi en faire. Des longues runs un peu folles dans les White Mountains. Des sorties à la frontale en pleine nuit. D’autres à la brunante dans la grosse pluie. De l’eau qui vient qu’à manquer.

Volontairement, je me suis mis au défi, plus souvent qu’autrement. Question de me tester à répétition pour Harricana. En me disant que chaque épreuve surmontée me permettrait de remplir un peu plus mon baluchon. Un baluchon doté d’une poche d’hydratation, on s’entend.

Mon entraînement allait donc bien. Trop bien. Et dans ce temps-là, tu te fous des jours de récupération. Tu accumules les sorties, jour après jour après jour. Tu te sens invincible. Jusqu’à la prochaine blessure. Celle qui te force à prendre tous les jours de congé que tu n’as pas pris dans les dernières semaines, mais en les collant bout à bout. J’imagine que l’expression « rien ne se perd, rien ne se crée » vient de là…

Je sais que je suis prêt, que je disais. Reste qu’une pause forcée à ce moment-ci, ça sème un petit doute. Ça ébranle les convictions. J’y penserai assurément pendant mes 80 km dans les trails de Charlevoix… Parce que je serai sur la ligne de départ. Ça, je n’ai aucun doute là-dessus.

C’est rough pour le mental, oui, mais ce n’est pas la fin du monde non plus. Parce que ça aurait pu être bien pire. J’aurais pu me péter la gueule de nombreuses fois ces derniers mois. Une jambe cassée, une cheville fracturée, des mains en sang pleines de garnotte incrustée, ça aurait pu m’arriver. Même quand on court dans sa cour arrière, bien mollo, on peut se planter solide. C’est un risque pleinement assumé. Aussi assumé que ma périostite. Parce qu’elle, je l’ai pleinement méritée!

IMG_3728Je ne m’apitoierai donc pas sur mon sort au cours des prochains jours. La déprime? Ce n’est vraiment pas mon genre. Au menu, plutôt : glace, muscu, Advil, vélo, étirements.
Mais j’oubliais le plus important : mon sexy Strassburg Sock pour dormir. Encore. La honte. Juste pour ne plus avoir à le porter, je respecterai désormais les journées de récupération prévues à mon programme d’entraînement. Promis!

 

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