C’est parfois quand on s’y attend le moins que la magie se produit! J’ai eu l’unique chance de participer au United NYC Half, dimanche dernier. Sur 30 000 coureurs intéressés, 15 000 avaient été tirés au sort, dont moi. Ajoutez à cela 5000 autres chanceux triés sur le volet et vous obtenez 20 000 coureurs qui prennent tous part à la même distance de 21K dans les rues de Manhattan. De Central Park à Wall Street en passant par Times Square et le World Trade Center. Un rêve… qui semblait pourtant s’être transformé en cauchemar un mois plus tôt, quand mon diagnostic de fasciite plantaire m’est tombé dessus.

Pause de course d’une dizaine de jours (compensée par du vélo à fond la caisse et de la musculation à répétition pour ne pas virer fou). Puis reprise graduelle de marche/course, deux semaines seulement avant New York. C’était très rapide comme retour à l’entraînement, je sais. Plus rapide que la moyenne des gens souffrant d’une fasciite. Appelons cela la chance du débutant pour ce type de blessure.

À deux semaines de mon demi, j’espérais seulement pouvoir me rendre à mi-chemin de la course, jusqu’à Times Square. Au diable la médaille, que je me disais! Pas question de scraper ma saison alors qu’elle commence à peine…

Une semaine avant New York: 15 km de course d’une traite. Pas de douleur. Je savais alors que j’arriverais au fil d’arrivée, mais sans pousser la machine. J’allais courir mon demi en touriste, en prenant plein de photos du début à la fin.

Et le matin de la course? Ciao le touriste! L’esprit de compétition est revenu à pleine vitesse. Pas le temps de niaiser! Les photos, c’est dans ma tête que je les prendrais. Objectif: terminer sous les deux heures, ce que je n’avais pas réussi depuis près de trois ans en raison de mes persistantes crampes aux mollets.

Central Park: symphonie d’espadrilles

7 h 15. Les coureurs s’entassent dans les corrals, selon leur vitesse anticipée, au beau milieu d’un Central Park qui s’éveille tranquillement. Fait beau, mais frette. Environ 1 ou 2 degrés, pas plus. Mais c’est quand même mieux que la pluie/neige annoncée.

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Fébrilité sur la ligne de départ.

7 h 30. La première vague de coureurs, les machines, les vraies, s’élancent. Fait toujours aussi frette. Note à moi-même: la prochaine fois, penser à me vêtir d’un sac de vidange.

7 h 45. C’est à mon tour. J’avais encore en tête le départ du Marathon de Montréal, qui prend un temps fou sur le pont Jacques-Cartier. Ici? Pile à l’heure. Fluidité totale. Rien à voir avec Montréal et les coureurs impatients qui attendent de pouvoir enfin franchir la ligne de départ 45 minutes après le début de la course.

Je pars, tranquillement, pour un long tour de Central Park, dans le sens anti-horaire. C’est magnifique. Quelque peu vallonné, mais presque plat quand on compare aux côtes sherbrookoises.

Pour la première course de ma vie, j’utiliserai les ravitos plutôt que de transporter mon eau. Après tout, ils sont là pour ça! Sur moi, je n’ai que quatre barres Fruit2 et Fruit3. N’ayant pas de ceinture de transport à ma disposition, j’ai inséré les barres à la hauteur de la taille, sous mes chics leggings. Dès les premiers mètres, les barres descendent lentement le long de mes cuisses, à l’intérieur de mes leggings. Hummm… Houston?

Je ralentis le pas. Glisse les mains dans mes leggings. Vraiment pas chic. Récupère chacune des barres. Et la solution, maintenant? Pas le choix: les côtés de mes petites culottes. Les barres n’iront pas bien loin comme ça. Et c’est reparti.

Dans l’immensité de Central Park, les badauds se font rares. Tout ce qu’on entend, c’est le bruit de milliers de pas, qui battent le bitume à l’unisson. Boum boum boum boum boum boum… Personne ne parle. Tout le monde est concentré. Il y a des coureurs à perte de vue. Devant. Derrière. Sur les côtés. Ce sera jam pack jusqu’à la fin.

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20 000 coureurs pour une même distance, ça donne ça! (Crédit photo: United NYC Half)

Quelques foulées dans Harlem, juste avant de retourner dans Central Park jusqu’à Manhattan. Y’a plus d’ambiance ici. Et les ravitos sont immenses. Des verres empilés à perte de vue, environ quatre ou cinq de hauteur tellement il y a de coureurs. Mon rythme est bon. Aucune douleur au pied. On continue.

Plus je me rapproche de la sortie de Central Park et de la barre des 10K, plus je me rends compte que ça va très bien. Presque trop bien. Plutôt que de ralentir le rythme par rapport aux premiers kilomètres, je cours de plus en plus vite, sans même m’en rendre compte. C’est probablement à cause de ma nouvelle Garmin Fenix 3, que j’utilise pour la première fois!

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Central Park, direction Manhattan.

Manhattan: le clash

On sort de Central Park par la 7e Avenue. Et là, bang! Un clash, un vrai. Central Park, c’était calme, zen. Véritable havre de paix au milieu d’une ville de 8,5 millions d’habitants. Et là, dix secondes plus tard, il y a des gratte-ciels à perte de vue. Des centaines de spectateurs qui nous encouragent. Et Times Square qui se profile au loin, avec ses néons hyperactifs et sa vie trépidante. C’est là que je m’en vais. Les rues sont fermées. Juste pour nous. Juste pour moi.

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Vague idée de ce que ça avait l’air juste avant Times Square. Pas facile de prendre une photo en courant à pleine vitesse!
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La course était diffusée en direct à la télé et sur le Web. Ça donne une idée de son ampleur! Ici, entre Central Park (à l’arrière-plan) et Times Square, sur la 7e Avenue.

Avec une telle ambiance et un tel décor, pas le choix: j’accélère encore un peu.

J’avais commencé à un rythme d’environ 5min35 du kilomètre. Je suis rendu à un rythme moyen de 5 minutes.

5 minutes!?! Je me mets à calculer… 21 X 5 minutes, ça fait combien, donc? On vire sur la 42e, direction West Side Highway et le fleuve Hudson. Je passe devant un ravito 5 étoiles qui offre de la vaseline sur des bâtons. Pour prévenir le frottement des mamelons. Ok.

Je retourne à mes calculs. Et je n’en reviens pas. À ce rythme-là, ça voudrait dire que je battrais mon record de tous les temps, réalisé en 2009 à mon premier demi, alors que j’étais encore jeune et fringuant: 1:48:24. Je m’en étais approché en 2013, mais depuis ce temps-là, jamais je n’avais terminé un demi sous la barre des deux heures, toujours à cause de crampes aux mollets dans les derniers kilomètres.

Instinctivement, je sonde mes mollets. Aucun symptôme de crampes à l’horizon. Mon pied? Rien à signaler là non plus. On continue.

World Trade Center et Wall Street: à fond la caisse

On longe l’Hudson, avec le World Trade Center qui se rapproche peu à peu. Je regarde encore ma montre. Mon record personnel est toujours à portée de main. Mais la distance affichée en kilomètres le long du parcours n’est pas la même que sur ma Garmin. Je me dis, naïvement, que les organisateurs se sont probablement plantés en convertissant les milles en kilomètres.

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Le World Trade Center. (Crédit photo: United NYC Half)

Je poursuis ma course, en dépassant de plus en plus de coureurs. Je suis top shape. Mais il me reste définitivement plus de distance à parcourir que ce que me dis ma montre. Probablement les gratte-ciel qui ont faussé les données satellites. Pas grave. Il me reste du jeu, et du jus, pour pouvoir battre mon PR.

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Juste avant d’entrer dans le tunnel sous Battery Park. (Crédit photo: United NYC Half)

Dernier mille. 1,6 km. On passe dans le tunnel sous Battery Park. Je sais alors que je peux ouvrir la machine. Et si je pouvais finir sous les 1:45? Ce serait incroyable! Et ma Garmin semble me dire que c’est possible.

Tassez-vous! Pas le temps de niaiser! Je me faufile à gauche d’un coureur, à droite d’un autre. Je ralentis pour ne pas faire une jambette à celui qui me bloque le passage. Accélère pour en dépasser un autre. Allez, on se dépêche!

Le pont de Brooklyn apparaît. Magnifique! Mais pas le temps de prendre une photo. Les secondes s’envolent… Vite!!!

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Le pont de Brooklyn, à la sortie du tunnel. Magnifique! (Crédit photo: United NYC Half)

Et voilà Wall Street et le fil d’arrivée. Je donne tout ce que j’ai. Vraiment tout. Temps final: 1:44:50.

Je n’en reviens pas! J’ai retranché 3 minutes et demie à un record que je ne pensais JAMAIS battre. Un mois seulement après ma fasciite plantaire. Deux semaines seulement après avoir recommencé graduellement à courir. New York, je t’aime!

(Pour ceux qui veulent avoir un aperçu de la course en vidéo, par ici!)

Back to Central Park!

Et les crampes, dans tout ça? Zéro pis une barre. Rien. Niet. Nada. J’ai terminé la course frais comme une rose, sans aucune crampe ni courbature. Ça ne m’était jamais arrivé auparavant. Faut croire que le transport actif commence à faire son effet!

Moins de 24 heures après le United NYC Half, j’étais de retour dans Central Park, pour un petit 10 km mollo avec des dizaines d’autres coureurs ayant eu la même idée que moi.

Cette fois, j’ai pris des tonnes de photos.

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Belle découverte que ce petit étang avec vue sur Manhattan, avant le lever du soleil.
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Le réservoir de Central Park. Immense et impressionnant!
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Chemin de gravier dans Central Park. Très apprécié des coureurs!

 

 

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