J’ignore ce que signifie réellement «Strava». J’imagine qu’il s’agit du mot russe que les nouveaux mariés prononcent lorsqu’ils se passent la bague au doigt. Strava! Pour le meilleur et pour le pire…

J’ai adopté Strava pendant les Fêtes. Et depuis, je suis complètement accro! Plus les jours passent, plus j’ai l’impression de tenter le diable. Comme un ex-alcoolo qui prend une petite gorgée de fort en cachette de temps en temps, en se disant que ça ne compte pas vraiment.

Strava, c’est une application pour sportifs qui me rappelle un peu Runkeeper.

À mes débuts en course à pied, Runkeeper me permettait de connaître mon rythme à intervalles réguliers, grâce à une voix dans mes écouteurs. Parfait pour ceux qui n’ont pas (encore) de montre GPS à zyeuter à répétition au lieu de regarder où ils vont.

J’ai fini par m’en acheter une, une montre. Garmin. Plus pratique pour les intervalles. À partir de ce jour, je n’avais plus besoin de Runkeeper pour enregistrer mon kilométrage, mon dénivelé, mes parcours. Ma Garmin faisait le boulot. Et en téléchargeant les données sur le site GarminConnect, j’obtenais un bon aperçu de ma progression.

C’était avant de faire la connaissance de Strava.

Pour le meilleur…

Comme Runkeeper, vous activez Strava sur votre téléphone mobile avant de courir. L’application peut aussi être utilisée pour le vélo, la raquette, le ski de fond, etc. Ça enregistre tout dans les moindres détails.

Vous courez sans téléphone, mais avec une montre GPS? Pas de problème! Vous pouvez synchroniser votre montre avec Strava. Le résultat de votre dernière sortie s’y retrouvera avec, en prime, les photos de votre course que vous venez de publier sur Instagram. C’est beau, la technologie!

Comparativement à GarminConnect, Strava est plus convivial. Son atout principal, c’est sa phénoménale capacité à comparer vos sorties entre elles. Vous avez parcouru 15 fois le même segment au cours des deux dernières années? Vous saurez automatiquement si vous avez fait mieux ou moins bien cette fois-ci. Savoir si on progresse, ça peut être pratique…

Et pour le pire!

Il y a toutefois un mais. Un gros MAIS. Dans mon cas, du moins.

Strava, c’est aussi une communauté. Un réseau social pour crinqués, qui y publient chacune de leurs sorties.

Vous pouvez y suivre de nombreux athlètes connus, mais qui ne vous connaissent pas nécessairement.

Ou encore de parfaits inconnus, que vous apprenez à connaître uniquement en regardant leurs statistiques et leurs parcours favoris. Vous pouvez même les féliciter pour leur plus récente longue sortie… et obtenir des félicitations en retour.

Ce voyeurisme calculé donne parfois d’excellentes idées de parcours. La boucle du Cerisier se court en hiver? Bon à savoir!

Mais ça peut aussi donner de sérieux complexes. Comment fait-elle pour courir autant de kilomètres dans la même semaine, celle-là? Grrrrrr!4iiii-logo

Ce n’est pas tout. Strava permet aussi de vous comparer aux autres utilisateurs qui courent ou pédalent dans les mêmes rues que vous. Ça vous dit automatiquement à quel rang vous vous classez pour telle côte, telle rue, tel parcours populaire, etc. Le champion d’un segment obtient même un badge en forme de couronne. Le roi de la montagne, version 2016.

Le temps, le temps. Toujours le temps. Le plus court possible. Des milliers de podiums virtuels éparpillés aux quatre coins du monde et dont les gagnants changent constamment.

Cordonnier mal chaussé

Certains apprécient Strava pour ça. Moi pas. Parce que je dois me parler. Fort. Chaque fois que je cours.

Strava me pousse à me défoncer, en plein hiver, pour essayer de battre mon record ou celui d’un parfait inconnu sur un segment donné.

Ce que ça me donne? Rien. Absolument eeeeee-rien. À part de sérieux risques de blessure. C’est vraiment con, je sais. Typique d’une vierge à l’ascendant perfectionniste.

Je me tue pourtant à répéter qu’il faut toujours se comparer à soi-même et non aux autres. C’est ce que je m’efforce de faire personnellement, chaque jour. Et comme je vise un premier ultramarathon à la fin de l’été, je dois privilégier les courses longues et lentes. Pas les intervalles de malade et les rythmes insoutenables!

Mais ce n’est pas facile.

J’ai beau courir, mon orgueil n’est jamais bien loin derrière.

Un cordonnier mal chaussé, quand ça court, ça peut facilement se planter. Mieux vaut m’arrêter pour bien nouer mes lacets.

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