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Six ans après avoir commencé à courir, j’ai enfin réalisé ce qui était impensable il n’y a pas si longtemps: courir un marathon! Six ans, six demi-marathons au compteur, et les six avec de douloureuses crampes aux mollets (dans le genre jambes de béton) qui m’empêchaient littéralement de terminer la course avec un sourire. Voilà que je suis maintenant parvenu à courir deux fois la distance… sans aucune crampe! Ça vaut bien le lancement de ce modeste blogue, question de ne plus déplaire à mes amis non coureurs qui n’en peuvent plus de lire mes « posts » de course sur Facebook…

IMG_1911Dimanche matin, 8 h 20, pont Jacques-Cartier, Montréal. 23 000 coureurs frissonnent en attendant le départ du marathon et du demi-marathon. Fait frette en ta. Autour de 12. Il vente. Mon focus est bon. Je suis ému, vraiment, et je refoule quelques larmes. Depuis le début juin que je m’entraîne pour ce grand jour, à coup d’intervalles et de longues courses aux aurores. Ça va bien aller… Pourvu que ma cuisse gauche tienne le coup! Ne jamais rien tenter de différent dans la semaine précédant un marathon. J’ai lu et relu cette phrase. Ce qui ne m’a pas empêché de m’étirer les quadriceps devant la télé, à froid, moins de trois jours avant le grand jour. Bravo champion! Douleur intense le lendemain, glace, foam roller… La douleur a fini par s’estomper, mais quand même, ça joue sur la confiance…

8 h 30. Le maire Denis Coderre donne le départ. L’émotion est à son comble. Mais avec 23 000 coureurs qui doivent passer dans un goulot, pas question de partir tous en même temps. Départ par vagues, donc. Je suis dans la 16e. Ishhh.

Finalement, je quitte le pont vers 9 h 10. Direction île Sainte-Hélène, la Ronde, puis le circuit Gilles-Villeneuve et le casino. Il fait moins froid. Je cours en touriste. Je trippe. Et je me force à courir lentement, en visant les 6min15 du km pour au moins la première moitié du marathon, comme ma physio me l’a recommandé. C’est difficile, courir lentement! Je parviens tant bien que mal à maintenir mon temps à 6min10 du km. J’engloutis les gels (X3) et les capsules d’électrolytes en alternance, aux 15 minutes. J’ai testé ce régime maintes et maintes fois à l’entraînement, avec d’excellents résultats, sauf le dimanche précédant la course, où mon estomac n’a pas apprécié. Bizarre…

Vieux Port. Que c’est beau! De nombreuses personnes nous encouragent. Ralentir… Ralentir…

Au 18e. Mon estomac commence à m’envoyer des messages que je ne veux pas entendre. Fuck. Je ne réussirai jamais à terminer si j’arrête de m’alimenter. Il m’en reste quand même plus de la moitié… Je maintiens le rythme, coûte que coûte. Je mets de côté les gels et la boisson sportive, mais je continue avec les capsules d’électrolytes et l’eau. Pas question d’avoir encore une fois des crampes aux mollets! Ce serait encore pire que des maux de ventre.

21e. On arrive au parc Lafontaine. Les trois quarts des coureurs, ceux qui font le demi, tournent à droite, direction fil d’arrivée. La tentation est grande de faire comme eux! Mais non, il m’en reste encore la moitié! Tu parles d’une idée de s’inscrire à un marathon!

L’inconnu est maintenant devant moi. Même à l’entraînement, je n’ai jamais couru plus de 30 km, mais avec un estomac en pleine forme. C’est entre les deux oreilles que ça se passe à partir de maintenant. Pendant la première moitié, je pouvais difficilement étendre les bras sans accrocher un autre coureur. Maintenant, nous ne sommes qu’une poignée de coureurs à avoir eu cette idée folle de courir 42,2 km…

J’avais étudié le parcours et je savais que la première moitié serait trippante. La deuxième: pas mal moins. Trois interminables allers-retours sur les mêmes rues longilignes, d’abord vers l’ouest, puis vers le nord, puis vers l’est (jusqu’au parc olympique), et retour au parc Lafontaine pour le fil d’arrivée depuis longtemps espéré. Quasiment personne pour nous encourager et rien à regarder, à part la longue file de coureurs devant, et ceux qu’on croise dans le sens contraire. La dureté du mental, c’est pas mal ça.

28e. Les coureurs se transforment de plus en plus en marcheurs. La tentation est grande de faire pareil. Mon estomac n’en peut plus. Et ma cuisse gauche brûle un peu. Les kilomètres s’égrainent beaucoup trop lentement à mon goût. 30e. Tant pis, je m’arrête pour m’étirer la cuisse quelques secondes. Et je repars de plus belle.

Mais vers le 31e, au diable mon objectif de terminer sans marcher. Ce ne sont ni les jambes ni la tête qui n’en peuvent plus. Le fameux mur du 30e? Non plus. Plutôt mon foutu estomac qui capitule. Après quelques mètres… burp! Et re-burp! Pas très chic d’être malade en pleine rue… Mais c’est ce dont j’avais besoin pour me remettre sur pied. Comme un gars saoul qui se force à vomir pour pouvoir continuer à boire…

Et c’est reparti! Aubergiste, à boire! Les jambes suivent, la tête aussi. Je dépasse des coureurs qui venaient de me dépasser. Je bois un peu plus, pas de la bière, surtout de l’eau. Et je continue à prendre mes capsules d’électrolytes aux demi-heures. Il ne faudrait tellement pas que les foutues crampes aux mollets se rappellent que j’existe!

De mon épisode de gars saoul jusqu’au fil d’arrivée, j’ai bouffé les kilomètres un par un, presque toujours sous les 6min, me rapprochant de plus en plus de mon objectif ultime. Les jambes suivent encore. Je n’en reviens pas! Je dépasse de plus en plus de coureurs-désormais-marcheurs. Grisante sensation.

Avant-dernière courbe avant le fil d’arrivée. Ma blonde est là, m’encourage, elle qui vient de courir sa première course de 5 km (de brillante façon, je le saurai plus tard). Ça me donne un dernier boost. Je flotte.

4 h 26  et 42,2 km après avoir quitté le pont Jacques-Cartier, je franchis le fil d’arrivée. Je souris à pleines dents et je lâche un cri, du plus profond de mes tripes: YESSSSSSSS!!! C’est plus fort que moi. J’ai les yeux dans l’eau, les babines qui flacotent. C’est officiel: à partir de maintenant, et pour le reste de ma vie, je suis un marathonien!

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